Sublimer l'existence
03L'humain est un être d'écart : ses besoins, satisfaits ou non, ouvrent sur d'autres horizons, et le réel ne suffit jamais à épuiser le sens qu'il lui demande.
Manger ne suffit pas : il faut que le repas soit beau, ritualisé. Dormir ne suffit pas : il faut que l'espace soit habité, chargé de signification. Le besoin humain déborde toujours sa propre satisfaction.
Cet écart génère une capacité proprement humaine : la projection d'utopies04, de récits, de mondes possibles pas encore réalisés.
C'est pour combler cet écart que l'humain produit des artefacts02. Certains prolongent le corps et ses capacités, la roue, le levier, le médicament, moins pour signifier que pour permettre davantage. D'autres inscrivent dans la matière un idéal, une présence, une mémoire comme le poème, le rituel, la cathédrale.
Mais dans les deux cas, l'artefact est un refus de l'existant tel quel : un geste contre la limite. Un geste pour sublimer l'existence.